Interview De Jaroslav Rudis et Jaromir 99

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« Je voulais surtout raconter une histoire de chemins de fer, de trains qui ne transportent pas seulement les gens, mais aussi l’Histoire », explique Jaroslav Rudiš, hanté par les récits de son grand-père, et écrivain avant d’être scénariste. « Au début, je voulais en faire un roman », poursuit-il, « Mais un soir, dans un bar pour les ouvriers où on se rencontrait souvent, j’ai raconté à Jaromir l’histoire de mon grand-père cheminot dans une gare dans les montagnes. Ca a tout de suite intéressé Jaromir qui m’a proposé d’en faire une BD. J’aime beaucoup son dessin. J’ai dit oui. »

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Exposition Alois Nebel à la Gallery du CBBD
© Daniel Fouss

Mais qu’on ne s’y trompe pas : « C’est moi qui ai choisi Jaroslav comme scénariste. On se connaissait déjà par le milieu de la musique. Quand j’ai découvert qu’il écrivait, j’ai voulu travailler avec lui. », raconte Jaromir, qui s’est attaqué plus récemment au Château de Kafka. Le dessinateur jouit d’une bonne petite renommée dans son pays, pour sa musique avant tout, puis pour son dessin. C’est que le dessin est venu tard chez ce parolier montagnard, par ailleurs autodidacte : « Je n’aimais pas la manière dont étaient faites les pochettes de disques. Alors, je les ai dessinées moi-même. »
Après les pochettes de disques, sont venues les illustrations et la bande dessinée avec toujours ce graphisme si particulier, emmené par un noir et blanc ciselé qui rappelle un peu ces collages populaires dont est si friand Jaromir. Son dessin ose le trait largement coulé et les aplats imposants, « comme la montagne en hiver ». Jaroslav dit d’ailleurs de cette montagne qu’elle habite les paroles des chansons de Jaromir.
Exposition Alois Nebel à la Gallery du CBBD

« Ce découpage au couteau est visible au Centre belge de la bande dessinée pour le moment. À comparer avec l’œuvre publiée, les planches exposées paraissent presque trop blanches. Il y manque les noirs absolus ajoutés à l’ordinateur. Il y manque aussi le texte élégamment décousu de Jaroslav Rudiš, son écriture tout en points, comme peut l’être dans une certaine mesure celle de Kafka qu’ils admirent tous deux par-dessus tout. Ils ont même créé un groupe, « Kafka Band », qui vient de sortir son disque et tourne. Entourés des musiciens de Jaromir, Jaroslav récite les extraits du Château en allemand et Jaromir entonne des chants tchèques populaires. Entre deux concerts, ils élaborent des projets, personnels et peut-être collectifs, mais de cela, ils ne veulent pas encore parler… »

Sarah Cole d’Actua BD du 8 mars 2014

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